Travail durable

La question est : comment travailler ?
La finalité du travail est connue depuis la Genèse, ce n’est donc pas un terrain de réflexion. Les modalités du travail en constituent un car elles ont évolué au fil du temps et l’on pense qu’elles se sont améliorées par rapport au passé. Moi, je pense qu’elles ont empiré. Tu vas dire que je suis un provocateur, mais pas cette fois-ci. Tu me diras que les enfants ne poussent plus des wagonnets dans les mines et tu auras raison. Mais, aujourd’hui, on a remplacé la souffrance physique par la violence psychologique.
Cette approche n’est pas viable, elle est condamnée à brève échéance, sauf à remplacer toute personne par une robot ou un ordinateur.

Les causes en sont connues : concurrence, dumping économique, exigences des actionnaires, financiarisation du capitalisme libéral…

On ne peut, toutefois, pas les balayer d’un revers de main à l’instar de ce que prétendent certains hommes et femmes politiques, ce serait trop facile et c’est fantaisiste. Les conséquences ne sont pas moins connues : saturation psychologique et accroissement du nombre de « burn out », dévalorisation de la valeur « travail », accroissement indéfini de la productivité par l’automation et l’informatisation et réduction du nombre des postes de travail, obsolescence rapide des compétences, fin des cultures d’entreprise …

La liste n’en finirait pas et donne le vertige. Le plus inquiétant est que l’activité professionnelle ne semble plus constituer un point central dans la vision des générations montantes alors qu’elle est indispensable à la survie de toute société. Elles subissent cette crise intellectuelle et morale au moment où il leur est demandé d’assurer la relève ! Il ne sert à rien de les accuser de tous ces maux dont nous sommes comptables voire responsables :

il nous faut repenser les rapports sociaux sous l’angle de la relation professionnelle et, ainsi, nous nous trouvons plongés au cœur même de l’action professionnelle.

L’éthique est la seule voie qui nous autorise une réflexion large en interrogeant le sens du travail et son acceptation autant que son inscription dans la société et la relation à l’autre. Cette interpellation s’adresse d’abord aux seniors (les vieux, quoi !) : il leur appartient de transmettre ce que l’on appelait une sagesse et qui est aujourd’hui une vision de la relation professionnelle qui prenne nécessairement en compte l’humanité de l’autre en même temps qu’une performance indispensable à la survie collective due par tout dirigeant. C’est, certes, le grand écart mais c’est aussi le questionnement auquel ils doivent participer avec les générations qui arrivent : c’est à la fois urgent et incontournable.

A l’évidence, une nouvelle société émerge : comment accompagner cette naissance et aider ceux qui la vivront ? Plus que jamais, les Rotariens dans leur ensemble se doivent à la jeunesse à laquelle est confiée l’avenir pour les aider à construire à frais nouveaux un travail et un monde professionnel s’inscrivant dans le développement durable, dans le respect des personnes ainsi que de l’environnement social et naturel dans lesquels nous ne pourrons continuer à vivre que s’ils redeviennent sains.

Ceci dit, bonne et heureuse année à toi ! Paci e saluta !

Article de :
Pierre Franceschi
RC Ajaccio