Ces yeux... !

On évoque La femme trop souvent sous l’angle de la personne en recherche d’une libération économique et sociale qui relève trop souvent d’une vision théorique hérité en partie de l’esprit rousseauiste et du Siècle des Lumières et en partie de l’obscurantisme du XIXe siècle quand ce n’est pas de l’approche paranoïde d’une Simone de Beauvoir. On s’intéresse peu à la mère qui est dans toute femme, rôle exclusif, et à la relation intime qui se développe entre son enfant et elle. On ignore les larmes qui coulent de ces yeux quand le sein s’est tari de trop de sous-nutrition, quand son petit traînait la patte à cause de la poliomyélite (heureusement et désormais, cela appartient pratiquement au passé), quand elle apprend que l’enfant qu’elle tient dans ses bras est contaminé par le SIDA ou le paludisme…

Où se faire soigner ? Comment accéder aux soins d’un médecin ou d’un hôpital ? L’argent manque. Sauf pour cette maudite drogue qui circule à torrent et qui devient un décor naturel. On estime à 7 millions le nombre d'enfants qui meurent chaque année de malnutrition, de manque de soins et de problèmes sanitaires.

Nous, Rotariens, nous ne sommes pas malthusiens : ce n’est pas parce qu’ils sont top pauvres, ces gens-là, qu’ils doivent mourir ! Oh ! Bien sûr, « ces gens-là » ne devraient pas faire autant d’enfants compte tenu de l’insuffisance de leurs ressources financières…

Des enfants pas toujours désirés : peu ou pas de contraception, prostitution, viol… mais des enfants quand même, que l’on aime et dont on souffre de leurs souffrances.

On n’admet plus cette mortalité infantile que connaissaient encore nos grands-parents ; comment admettre alors qu’aujourd’hui on meure de l’absence de conditions sanitaires supportables ? Le Rotary réagit et agit. Par la parole, d’abord. Ce 28 avril se tiendra à Tarente, dans les Pouilles (le talon de la botte italienne), la conférence présidentielle sur la construction de la paix au travers de l’appréhension de la santé de la mère et de l’enfant migrants.

On a là une autre dimension de la souffrance de la femme-mère et de l’enfant : comment faire pour bien faire ? Tant de paramètres viennent se percuter et se contredire, tenter de paralyser toute action… Il nous faut réfléchir, il nous faut inventer encore et encore des solutions, toujours et encore !

Ensuite, il nous faut agir pour apporter un soutien et un réconfort aux personnes en détresse. Et pour cela, nous ne sommes pas seuls : l’OMS agit, bien sûr, mais aussi la Bill & Melinda Gates Fundation qui est, par ailleurs, notre partenaire sur la polio. Du fond de ton club, quand tu envisage le montage d’une action de ce type, c’est avec eux que tu te connectes, que tu concatènes tes forces pour transgresser les fatalités qui ne sont plus dues aux dieux de l’Olympe ou à Baal, mais trop souvent aux hommes eux-mêmes.

Cela ne s’arrêtera-t-il jamais ? Je me souviens de la dernière phrase d’un livre de Gilbert Cesbron que j’ai lu il y presque cinquante ans : « Je ne serai jamais en paix tant que je saurais qu’il y a quelque part un chien perdu sans collier. » Je pense que c’est là notre lot. Nous ne le savions pas en entrant, mais, par la suite, nous avons su l’accepter. Au-delà, il y a cette communauté de bonnes volontés qui donne une ampleur colossale, à la taille des enjeux d’humanité, à l’action qui, au final, n’a qu’une intention : sécher ces yeux d’une mère qui pleure pour un enfant.

 

Article de :
Pierre Franceschi
RC Ajaccio