Eau : sole mio !

Quelle belle photo que ce squelette de vache étalé sur la terre millénaire et craquelée d’Erythrée s’étendant sans fin jusqu’à ce qu’une montagne éternelle l’arrête ! Je bois un verre d’eau, de cette eau dont l’absence a créé la souffrance mortifère source de l’esthétique de cette image en noir et blanc. Noir et blanc comme notre monde et comme le regard que nous portons sur les choses, les personnes et les situations selon l’endroit où nous sommes.
Paradoxe : les Bengalis se noient dans les inondations dues aux typhons que génère peu ou prou cet entonnoir qu’est le golfe du Bengale… La détresse qui se lit sur les visages est elle aussi esthétique !
Les icebergs fondent à cause du réchauffement climatique et les pays du Golfe dessalent l’eau de mer au prix colossal de la construction d’usines géantes. Dans le monde occidental, çà va, merci !

Une fois de plus, le Rotary est engagé et, une fois de plus, son action est polymorphe car les approches en sont tellement variées !
Dans certains cas, il est tellement facile d’agir : il y a quelques années, nous creusions des puits à faible coût pour les Dogons qui mourraient de soif à seulement 60 kilomètres du fleuve Niger. Nous pouvons amplifier encore cette action pour les pays subsahariens. Nous pouvons envoyer des Shelterboxes pour aider aux premiers secours des pays ravagés par l’excès d’eau à défaut de pouvoir combattre les typhons. Nous finançons aussi, dans le cadre de programmes de santé, le traitement de l’eau pour ne plus avoir à baisser la tête quand nous voyons l’image d’un petit Africain buvant dans un marigot avec les animaux (cette photo a réellement été prise).

Mais, une autre question émerge avec une force croissante depuis une décennie : qu’allons-nous faire quand s’amplifiera le réchauffement climatique ?
Ce que je veux signifier par là est que nous sommes probablement face à une choix stratégique :

  • soit nous trouvons des solutions pour puiser de l’eau là où l’absence de technologie moderne et performante ne permettra pas de la trouver,
  • soit nous trouvons des solutions héberger 200 ou 300 millions d’Arabes et d’Africains refusant de mourir de soif et migrant vers le Nord tempéré et pas encore asséché, en clair, l’Europe.

La Préhistoire nous a montré que de telles situations avaient existé : le Sahara (‘désert’ en arabe) fut une mer, les animaux migrèrent soit vers le nord soit vers le sud selon les évènements climatiques, la mer Noire fut une cuvette envahie par les eaux à la suite d’un mouvement sismique (et la source probable du récit biblique du Déluge)…

Plus que jamais, l’engagement sur la question de l’eau revêt une importance cruciale car, s’il est vrai que l’on trouvera des oliviers à Londres (et donc probablement des orangers en Irlande…), notre district pourra alors être classé dans les territoires subsahariens et nous manquerons d’eau.

J’ignore si des solutions globales ont été envisagées mais ce que je connais c’est notre capacité de réflexion, d’organisation et d’action.

Il y a toute une pensée nouvelle à organiser, une pensée qui aille bien plus loin que  les pitoyables bonnes intentions médiatisées, une pensée qui organise l’avenir, notre avenir, et surtout celui des générations qui arrivent.

Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes liées, riches et pauvres, Nord et Sud, enfants de tous pays par une même problématique à la solution de laquelle il nous appartient d’apporter chacun nos savoirs et nos compétences. L’eau nous dit que la solidarité de tous envers tous est indispensable à notre survie. Elle nous fait du chantage, mais, autant que je te le dise, cela me plaît : enfin, nous sommes obligés de nous tenir la main, que nous le voulions ou non, enfin, nous sommes unis, même si cela est par obligation. J’aime désormais ce soleil excessif.

Article de :
Pierre Franceschi
RC Ajaccio