Edito de Jean Jacques Titon, Gouverneur 2019-2020

Mes chers amis, 

En ce mois de septembre au cours duquel notre calendrier rotarien, nous amène à nous pencher sur la problématique de l’alphabétisation et de l’éducation de base, j’introduirai mon propos par la citation de l’article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, article qui stipule ceci :

« Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire.

L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié… ». 

Permettez-moi de m’arrêter, sans nullement minimiser l’importance des précédentes, sur les deux dernières phrases de cet article.

Lorsque l’on évoque l’éducation comme outil de l’épanouissement de la personnalité humaine, nous pourrions avoir tendance à délivrer, au « bénéfice » de cet épanouissement, un modèle tel que nous le concevons à l’aune de nos repères, nos références, nos conventions, notre histoire, notre identité …

Autrement formulé, ce qui est bon pour nous est forcément bon pour les autres ! Cette considération nous conduit à ignorer, à tort selon moi, que le principe même du processus éducatif s’inscrit dans une dimension de bain culturel qui résonne (ou dissone…) avec la démarche d’apprentissage à laquelle l’individu est confronté ! Prenons un exemple que connaissent fort bien les spécialistes des sciences de l’éducation : il est très difficile d’apprendre à lire si l’on ne comprend pas la finalité (qu’elle soit instrumentale, culturelle, ludique,…) de la lecture et, surtout, si l’environnement ne donne pas un sens tangible à cet apprentissage ; Pierre BOURDIEU a donné un éclairage sociologique à ce phénomène dont il précise qu’il « justifie la reproduction des rapports sociaux » …

Je lui laisse la pérennité de cette analyse qui n’entre pas, ai-je besoin de le préciser, dans le présent propos !  En revanche, le principe de liberté fondamentale reste étroitement lié à la possibilité donnée à chacun de POUVOIR, bien mieux que de seulement VOULOIR, entrer à quelque âge que ce soit (le plus tôt est le mieux !) dans l’Univers de la connaissance aussi élémentaire soit-il ; il appartiendra alors à celle et celui qui a fait cette démarche, selon le terrain dont elle ou il dispose et les moyens qui lui sont offerts, de poursuivre cet enrichissement aussi loin que désiré.

C’est dans ce contexte que nous pouvons agir en qualité de rotariens dans un processus de co-construction que je résumerai en écrivant ceci : nous donnons les clés (une méthode sans académisme forcené ou, plus simplement, un apport d’objet éducatif -du crayon à la tablette numérique par exemple-) et chacun accepte d’ouvrir, grâce à ces clés, une ou plusieurs portes en fonction de ses besoins, de ses possibilités, de ses attentes, de ses objectifs ; nombreuses sont les expériences rotariennes dans notre district et dans notre zone qui ont permis une telle approche ô combien positive lorsque, passée l’émotion légitime de la rencontre et du partage, il est possible d’en analyser concrètement les résultats !          

Je terminerai par quelques mots relatifs à la dernière phrase de ce fameux article 26 : « [L’éducation] doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié » ; on l’aura compris, nous nous situons ici au cœur du message rotarien dans ce lien synergique remarquable entre notre volonté d’œuvrer pour la paix dans le monde et notre engagement dans le phénomène éducatif de base ; tout apprentissage, et en particulier celui de la lecture, génère un élargissement de notre champ de vision et de compréhension de l’autre ; il peut être source de complémentarité et non de seule compétition ; il peut favoriser une approche objective de la différence ; il peut générer un rapprochement que l’ignorance tend à nier… 

Marcel PROUST dans un ouvrage fort intéressant mais également fort méconnu intitulé « Sur la lecture », notait ceci : « la lecture est une amitié » ; rapprochons-nous de notre époque, de notre environnement rotarien et osons modifier quelque peu la prose proustienne : la lecture, grâce au Rotary, connecte le monde !

 

Avec toute mon amitié, 

 

Jean-Jacques TITON