Et si le Rotary m'était conté : Le Rotary face à la pandémie grippale de 1918

Environ 500 millions de personnes dans le monde contractent la maladie. De nombreuses villes ferment les théâtres et les cinémas, et restreignent les rassemblements publics. Les Rotary clubs ajustent leurs activités tout en venant en aide aux victimes.

C'est la réponse du Rotary face à la pandémie grippale de 1918 qui connaîtra trois vagues successives sur plus d'un an.

Aux États-Unis, la maladie est d'abord détectée parmi le personnel militaire au printemps 1918. La deuxième, la plus mortelle, atteint un pic entre septembre et novembre — les derniers mois de la Première Guerre mondiale.

Un peu d'histoire : la grippe de 1918 appelée aussi "grippe espagnole"

Depuis 2004, on en sait plus sur l'origine de la grippe de 1918, dite "grippe Espagnole"

La pandémie de grippe espagnole, responsable de 25 à 50 millions de morts à la fin de la Première Guerre mondiale, a marqué l'inconscient collectif au point d'incarner l'essence du fléau épidémique, au même titre que la peste. Ces dernières années, les recherches se sont multipliées sur son origine mystérieuse.

Dernière en date, une étude parue en 2014, dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS) lève un nouveau voile sur l'évolution du virus qui a conduit à la naissance d'une nouvelle souche particulièrement létale pour les jeunes adultes, une population traditionnellement épargnée par cette maladie.

La grippe espagnole, baptisée ainsi parce que l'Espagne, non concernée par le secret militaire, fut la première à la mentionner publiquement, fut dévastatrice, touchant quasiment tout le globe. Malgré un taux de mortalité de «seulement» 2 à 4 %, elle fit des dizaines de millions de morts, dont 165 000 en France. La plupart des victimes mouraient de surinfection bactérienne, qui se déclarait au bout de 4-5 jours et conduisait au décès une dizaine de jours après les premiers symptômes grippaux, en l'absence, à l'époque, d'antibiotiques.

La première vague de grippe espagnole, au printemps 1918, fut assez peu virulente.

Mais la seconde, à l'automne suivant, à la suite d'une probable mutation, s'avéra bien plus agressive, notamment, contre les jeunes adultes âgés de 25 à 29 ans (les victimes traditionnelles de la grippe étant les bébés et les personnes âgées).

Selon les travaux de Michael Worobey, professeur de biologie à l'Université d'Arizona, le virus responsable de la grippe espagnole est né de la combinaison d'une souche humaine (H1), provenant de la grippe saisonnière H1N8, en circulation entre 1900 et 1917, avec des gènes aviaires de type N1. Ainsi naquit, en 1917 ou 1918, une souche H1N1, lointain ancêtre de la variante qui fit trembler le monde en 2009.

Le rapport de recherches de Michael Worobey, Guan-Zhu Han et Andrew Rambaut, validés par Neil M. Ferguson de l'Imperial College de Londres, situe les premières souches entre 1889 et 1900, sur des jeunes Américains ayant développé des anticorps, invalidant de fait la thèse d'une épidémie qui aurait été importée de Canton en 1918.

Selon le Professeur Berche, « De mauvaises conditions sanitaires, des populations affaiblies et de grands rassemblements. ». « On pense que la grippe espagnole est apparue d'abord au Kansas où elle a contaminé de jeunes soldats américains, qui étaient réunis trois mois dans des camps de formation militaire, à raison de 50 000 à 70 000 individus, avant de traverser le pays et de prendre la mer pour l'Europe ».

A noter : Le virus grippal H1N1 inédit fait aujourd'hui le tour de la planète à une vitesse fulgurante !

Si les chercheurs n'ont pas encore fini de retracer toutes les étapes de son parcours extrêmement complexe, ils ont identifié avec certitude un de ses lointains et illustres ancêtres. «Le H1N1 de la pandémie de 2009 est un descendant de quatrième génération du virus de la grippe espagnole de 1918»,

Déjà des gestes barrières en 1918 !

En 1918, à Seattle, afin d’endiguer la propagation du virus de la Grippe Espagnole, Les responsables de la santé publique ont exigé que chaque passager ainsi que l’ensemble du personnel des lignes de transport en commun portent des masques de protection par mesure de prévention.

La proximité des voyageurs dans les espaces exigus des transports publics était en effet, propice à la propagation du virus d’un individu à d’autres.

En 1918, Les travailleurs en contact le public sont particulièrement exposés au risque de contagion par la grippe espagnole.

Afin de se prémunir de la contagion, les salariés en contact avec le reste de la population, comme les facteurs ou les chauffeurs des transports en commun, tentent de se prémunir de l’épidémie en portant des masques de protection faciale.

A ce jour, il est encore difficile d’estimer le nombre exact de personnes y ayant succombées : l’institut Pasteur avance le chiffre de 20 à 50 millions de morts, alors que certains historiens actuels parlent de 100 millions de victimes sur l’ensemble du globe.

Et le Rotary ?

À la convention de Salt Lake City en juin 1919, des gouverneurs expliquent comment la guerre et la pandémie ont affecté leurs activités, notamment les visites aux clubs, sans entamer toutefois l'esprit de service du Rotary.

La maladie et le chaos « règnent partout dans le monde, déclare Charles H. Brown, gouverneur du district 10 (Ohio). Mais dans tout l'Ohio, vous trouverez des Rotary clubs, dans les villes où ils sont présents, en première ligne de l'activité civique et sociale, apportant leur pleine contribution en aidant les pouvoirs publics et l'humanité. »

John Napier Dyer, gouverneur du district 11 (Indiana), remarque également que des Rotariens se démènent pour combler les besoins. Si les activités traditionnelles du Rotary dans son district sont pratiquement à l'arrêt, il affirme que « de nombreux Rotariens combattent la maladie en tant que directeurs d'hôpitaux tandis que d'autres visitent les malades ou aident les victimes ».

Plus de détails sur les actions rotariennes de l'époque : 
https://www.rotary.org/fr/history-rotarys-response-1918-flu-pandemic

Apparté par rapport à la Covid-19 :

À l'image de la pandémie de COVID-19, les clubs s'adaptent et agissent. Ils modifient leur mode de réunion en respectant les consignes sanitaires et passent à l'action en aidant les pouvoirs publics et le personnel de santé.

À l'époque, ces activités se concentrent sur les États-Unis puisque la présence internationale du Rotary est encore réduite.
Notre réponse au coronavirus est par contre mondiale.

Durée de la pandémie de grippe espagnole :

Véritable catastrophe sanitaire et humaine, cette pandémie de grippe "espagnole" va durer plus de deux années, le dernier cas enregistré aurait été diagnostiqué en Nouvelle-Calédonie en Juillet 1921. 

Plus meurtrière que la peste noire au XIVe siècle ou l’épidémie de choléra au XIXe siècle, la Grippe Espagnole aura fait en deux ans largement plus de victimes que la Première Guerre mondiale en quatre années.

Un mot sur la vaccination contre la grippe

Le premier virus grippal humain n'est isolé qu'en 1933, en Grande-Bretagne. Ce n'est que dans les années 1970 après l'expérience de la grippe asiatique (1957-1958) et de la grippe de Hong-Kong (1969-1970) que la vaccination contre les pandémies de grippe commence véritablement à se développer et à se perfectionner, et avec elle, les réseaux de surveillance sanitaire. 

Enfin, ce n'est qu'en 2004 que la séquence complète du génome du virus de la grippe espagnole a pu être reconstituée.

Bilan humain

La grippe espagnole a frappé plus massivement les pays n'ayant pas ou peu participé à la Première Guerre Mondiale.

Dans l'ensemble du Monde, la grippe a fait plus de morts que la guerre.

Après plus de 50 millions de morts (chiffre variable en fonction des sources), la pandémie s'achève définitivement vers le début de l'été 1919.

En fait, elle s'est scindée en une lignée spécifiquement porcine et une spécifiquement humaine puis est devenue par la suite une grippe saisonnière sous une forme beaucoup moins virulente, évoluant par vagues tous les ans jusqu'à aujourd'hui (le virus père H1N1 étant repéré jusqu'en 1957, date à partir de laquelle il s'est réassorti en virus de type A, souche H2N2 de la « grippe asiatique », puis virus de type A, souche H3N2 de la « grippe de Hong Kong » de 1968), les grippes humaines actuelles provenant toutes du virus de 1918 à partir de combinaisons, mutations ou réassortiments.

Les pandémies au fil du temps

Une pandémie est une épidémie non limitée dans l’espace, qui se répand rapidement à toute la surface du globe. Elle est la conséquence de l’apparition d’un nouveau sous-type de virus grippal de type A (suite à une modification génétique majeure), pour lequel la majorité de la population est immunologiquement naïve. Une pandémie est particulièrement dévastatrice en termes de morbidité, de mortalité et d’impact socio-économique. Ces pandémies sont rares, le XXe siècle en a connu trois :

  • la pandémie de 1918 dite « grippe espagnole », la plus sévère, due au sous-type H1N1, a touché le monde entier et a été responsable de 20 à 50 millions de morts entre 1918 et 1919 ;
  • la « grippe asiatique » en 1957, due au sous-type H2N2 ;
  • et la « grippe de Hong Kong » en 1968 due au sous-type H3N2.

En 1977, lors de l’épidémie de « grippe Russe » les virus de sous-type H1N1 ont été réintroduits chez l’homme et ont circulé parallèlement avec les virus de sous-type H3N2.

En 2009, date de la dernière pandémie grippale, le virus responsable était un nouveau variant de sous-type H1N1, résultant d’échanges génétiques appelés réassortiments entre un virus humain, un virus aviaire et deux virus porcins.

Depuis 2009 ce virus A(H1N1)pdm09 a remplacé les précédents virus A(H1N1) et est responsable, avec les virus A(H3N2) et les virus de type B, des épidémies saisonnières.

Source : Institut Pasteur