Une arme de construction massive

Lorsqu’en 1935, Staline reçut Pierre Laval, alors premier ministre français, à Moscou, ce dernier lui demanda de faire un geste favorable envers le Vatican ; Staline répondit le fameux « Le Pape, combien de divisions ? ». Cinquante quatre ans plus tard tombait le mur de Berlin et le système soviétique. La victoire appartiendrait-elle donc à celui qui a les âmes, pas à celui qui a les armes ? Le Rotary n’a pas de divisions blindées mais un peu plus de 1,2 millions bénévoles, soldats de la paix et de l’entente entre les peuples. Les Rotariens agissent en partie par le biais de leur Fondation qui détient aujourd’hui un capital colossal de plus d’un milliard de dollars.

Le financement des actions internationales des clubs en 2016 a mobilisé une faible part de ces ressources, seulement 76 millions de dollars. D’une certaine manière, c’est inadmissible ! Le Rotary n’est pas un organisme financier et son rôle n’est pas d’accumuler des fonds ad vitam aeternam pour en tirer des bénéfices qui s’accumuleraient : pourtant, c’est ce qui se passe et nos instances dirigeantes ne peuvent être mises en cause car la faute revient aux clubs. Trop peu de projets internationaux, de global grants, sont proposés ce qui veut dire que notre regard n’est pas assez tourné vers l’international, vers l’autre que nous ne connaissons pas mais à qui nous devons notre solidarité parce que, tout simplement, il en a besoin

Nous avons tous entendu et même dit que le traitement de la pauvreté et de la misère qui était à notre porte était prioritaire. Agissons d’abord chez nous ! Comment critiquer une telle assertion ? Mais, dans nos sociétés, l’Etat a des moyens pour agir, dans les pays pauvres, ce n’est pas le cas. Il ne nous est pas interdit, bien sûr, d’agir chez nous, mais la priorité est ailleurs. La priorité que nous définissons doit être inversée.

Ce n’est pas là, ami, qu’une question de destination financière, c’est aussi une question de communication. Ce qui donne à nos clubs la force et l’ampleur de leur image, ce n’est pas la position sociale des Rotariens, mais l’action internationale qu’ils mènent : tu ne me crois pas ? Demande à Bill Gates ce qu’il en pense ! Nous sommes une puissance pacifique agissante internationale !

Cependant, ce n’est pas non plus qu’une question de communication : cela touche au fond même de notre engagement rotarien pour le monde et la paix.

En effet, les guerres naissent du manque, elles naissent de la nécessité et de la privation et l’on va chercher chez l’autre ce que l’on n’a pas chez soi.

On réclame une répartition plus juste des richesses qui permette à tout un chacun de manger à sa faim et de pouvoir vivre décemment. Aider avec les moyens qui sont les nôtres et qui sont, pour sûr, insuffisants et nécessitent d’autres acteurs, c’est aider à éviter les conflits quand ce n’est pas le moyen de les résoudre et de ramener la paix. Car ce qu’il faut voir dans les justifications à la violence développées par les forts et les fous, c’est que c’est toujours le peuple qui souffre, les gens ordinaires, « le petit peuple », les innocents et les désarmés, les différents et les affamés, les faibles et les doux.

Parler de la Fondation c’est parler deux fois du Rotary : d’une part, en évoquant son action en faveur du développement économique et de l’action humanitaire, d’autre part, en mettant en lumière sa volonté affirmée de développer la paix parmi et entre les hommes.

 

Pierre Franceschi