Le Savoir pour être libre !

Que l’on parle d’instruction publique, d’enseignement, d’éducation (nationale ou pas) ou bien de formation, la question est centrale et constitue un enjeu pour toutes les puissances de ce monde car elle porte sur l’intelligence, la connaissance et le comportement des personnes. Sur les moyens dont elles disposeront ou non pour comprendre le monde, s’émanciper, mieux travailler et mieux vivre.

Le Rotary est-il une de ces puissances ? D’une certaine manière, oui car il porte une responsabilité dans l’action qu’il s’est donné d’entreprendre : une action d’émancipation par l’alphabétisation, la lutte contre l’illettrisme et l’éducation de base.

Bien sûr, tu es d’accord. Encore heureux !

Mais que fais-tu pour ces gosses qui doivent marcher des kilomètres et des kilomètres pour aller apprendre quand, par chance, il y a une pièce acceptable pour enseigner ?
Excuse-moi de t’agresser, mais je peste de voir ces petites choses que sont les enfants fournir des efforts que même les adultes n’envisageraient pas.
De la même manière, trop de jeunes adultes peinent à trouver des formations qui leur permettraient d’apprendre et d’exercer un métier. Et ce quel que soit le continent : les comptes-rendus réguliers de Monique et Roselyne sur l’action de l’association Sonam Ling au Ladakh sont là pour nous en convaincre.

Bien sûr, on nous demande encore et encore d’agir sur ce terrain-là… Oui, il faudra mettre en place un projet international, ce qui est toujours complexe, quoi qu’on en dise. Et tu n’as pas le droit de baisser les bras. « Et pourquoi, d’abord ? », vas-tu me demander. Pourquoi ?

Parce que cet axe prioritaire n’en est pas un. C’est un combat et, qui plus est, un combat politique : l’éducation et la formation sont les leviers indispensables pour permettre aux gens de toute société, riche ou pauvre, d’être libres, d’avoir les yeux ouverts et de pouvoir juger par eux-mêmes, d’être debout et de gagner leur vie sans s’humilier à quémander une aumône ou un petit travail pénible pour quelques roupies.

C’est un enjeu de démocratie et une perspective économique majeure. C’est donner les compétences nécessaires aux personnes pour que se développent les pays, c’est ne plus permettre les tutelles politiques et économiques qui induisent toutes les luttes de libération, les conflits, les exactions… C’est aussi ne plus obliger à l’émigration économique, clandestine ou pas, que, de toute façon, les pays occidentaux ne savent plus gérer.

L’enseignement et la formation rencontrent des obstacles partout, même chez nous où sévit aussi bien l’illettrisme que les sorties sans qualification du système scolaire. L’économiste américain Joseph Stiglitz a montré que l’excès d’inégalités dus à l’absence de qualification ou à la déqualification entraînait le blocage à terme de la société.

Nous ne pouvons donc pas rester neutres si nous voulons rester Rotariens ! Mais, dans ce domaine, il serait probablement plus profitable de soutenir des opérations ou des organismes en place car une telle action demande une infrastructure et une organisation relativement lourdes que les clubs auraient du mal à mettre en place et à gérer. Ceci n’empêche pas de développer des actions comme La Dictée du Rotary afin de sensibiliser tout un chacun sur l’importance de l’alphabétisation et de la formation !

Apprendre c’est se libérer, c’est pouvoir choisir sa vie, élever ses enfants : c’est être un vivant.

 

Pierre Franceschi

courrier du district - Septembre 2017