Lennon président !

Eirèné. C’est ainsi que les Grecs prononçaient le mot ‘paix’. J’ai choisi d’écrire ce mot-là à cause de la douceur de sa prononciation, plutôt que son homologue latin pax, beaucoup plus brutal et qui sent la pacification plus que l’amitié. Tiens, parlons-en de l’amitié : en grec, philia, mot construit à partir du verbe philein, aimer. Le ph n’est pas neutre (pas le pH !), il fait glisser l’amitié et l’amour, il les laisse s’insinuer comme si de rien n’était. Bientôt ces sentiments domineront la personne qu’ils ont investi. Propos de poète, propos de rêveur !

Je me réveille et je regarde par la fenêtre : ce que je vois et ce que j’entends… Je m’entends penser en Rotarien que je suis : tu n’es pas prêt de raccrocher ton tablier…
Où est la paix, l’amitié, la fraternité, l’amour ? Pourquoi ne les trouve-t-on pas aussi facilement ? Du fond des méandres de mon cerveau, une de mes petites cellules grises (en hommage à Hercule Poirot) me souffle qu’il manque la justice pour que l’amour entre les hommes devienne une réalité. Et puis trop de gens pensent d’abord à manger pour ne pas mourir, tout simplement ! Le reste… Primum vivere, deinde philosophari, disaient les Romains (vivre d’abord, philosopher ensuite). Pas faux, mais insuffisant.

Oui, insuffisant parce que, nous le Rotary (pas seulement les Rotariens) agissons dans tous les secteurs de manière simultanée nous tâchons d’apporter les éléments de la survie physique, matérielle, mais nous nous mêlons aussi de tout ce qui touche à la relation humaine car quand existe la violence, il n’y a plus de plaisir, de joie, d’amour possibles, seulement la souffrance et les pleurs les plus amers.

Le Rotary siège à l’ONU, manifestation de son implication réussie et productive et c’est bien. Mais, notre action collective est encore insuffisante à apporter la  justice dans les relations internationales et les relations économiques qui en découlent ou qui les accompagnent. Car c’est ce qui constitue le fondement de la guerre, de l’agression : la pauvreté est insupportable et l’aumône ne peut suffire ! L’humiliation et les régimes autoritaires ne seront jamais que temporaires car quelqu’un toujours se lèvera. Donnons de la richesse et de la liberté aux pauvres, pour eux déjà, pour pouvoir nous regarder dans le miroir aussi, donnons « un peu de ce que nous avons de trop à qui n’a pas assez » (Victor Hugo). Faisons justice, rendons la justice, aimons ceux qui souffrent et crient vers nous.

Propos de rêveur encore ? Non, tout est possible si tu le veux. Mais jusqu’où en es-tu capable ? Quoi ? Tu t’apprêtes à protester ? Alors, réponds-moi : quelle démarche de paix as-tu accompli ces derniers temps ? Alors ? T’es-tu réconcilié, as-tu réconcilié ? As-tu été un négociateur qui avait en tête le critère des quatre questions ? Ne crois pas que je veuille te faire du mal. J’essaie simplement d’écrire cette difficulté qui est la nôtre à accomplir ce à quoi nous nous sommes engagés car, bien loin d’être inactifs, nous agissons encore et encore.

Nous réussissons aussi.

Mais comme des Sisyphe ou des Danaïdes, nous n’en finissons jamais. Tu n’es jamais découragé ? Moi, cela m’arrive quand je regarde par la fenêtre. Et quand, par cette fenêtre, je te vois, je réalise que je ne suis pas seul. Alors, je sors et je viens marcher avec toi.

Au moment de conclure ce propos bien enflammé, ma foi, me reviennent en tête ces quelques paroles de Lennon dans Imagine : « You may say I'm a dreamer, but I'm not the only one ; I hope someday you'll join us and the world will live as one. » Lennon président !

Article de :
Pierre Franceschi
RC Ajaccio

Courrier du district - Février 2018